Le professionnel, un dominateur qui s’assume

Ils n’ont plus rien à apprendre de personne et, en même temps, tout le monde a à apprendre d’eux. Ils sont méprisables et pourtant indispensables. Ce sont eux qui ont le savoir et ils savent l’exploiter pour exploiter leurs sous fifres potentiels ou en devenir. On les hait mais on en a besoin. Leur petite façon de nous faire savoir que notre façon de faire est obsolète, que l’objet de notre attention recèle de mille problèmes que nous n’avions pas remarquer et qu’il faut absolument le laisser à ses petits soins pour qu’il s’en charge, le couvre de sa bave professionnelle et nous le rendre formaté à son image.

Qui sont ils ?

Il n’y a pas besoin de beaucoup d’exemples pour ouvrir les yeux. Les professionnels sont tout autour de nous. Sans eux, la société ne tourne pas rond. Evidemment, tout repose sur leurs épaules de professionnel dans leur domaine bien particulier. Ne nous plaignons pas, nous avons accepté de dépendre d’eux à partir du moment où nous avons acheté une voiture, une machine à laver sans posséder les talents de mécaniciens pour la réparer, acheté un légume sans même savoir le faire pousser, un ordinateur sans comprendre son fonctionnement.

Nous sommes complices et victimes. Nous les étranges consommateurs, notre seul pouvoir est de choisir entre deux produits dont la conception nous est complètement indifférente jusqu’à ce qu’il casse.

16% des français savent comment réparer plus de 50% des objets qu’ils possèdent en cas de panne.

Le point est le suivant : dépendre d’une entité professionnelle dans sa vie est un moyen de se faire asservir sans en prendre conscience. Pourquoi aurions nous besoin d’un ordinateur pour composer un texte littéraire si, en cas de panne, de bug, d’erreur de manipulation, tout notre travail disparaît ? A quoi bon posséder une machine à laver, si une panne potentielle risque de bloquer notre réflexion vraie pendant un temps précieux (l’alternative est le recours à la laverie, dont l’investissement fixe est sans danger chronophage)?

Prends garde, passant, car si tu te professionnalise, tu deviendras comme eux !

Élargissement sur le risque de domination

Le professionnalisme, c’est aussi « imposer des connaissances à avoir pour dominer ceux qui n’assimilent pas assez vite »

Dans les universités, les grandes chaires vouées à la recherche, ou simplement les bureaux, la politique est d’imposer chaque jour plus de protocoles à suivre, plus de connaissances à assimiler, plus de raisonnement à comprendre pour améliorer une idée de compétitivité. Nous ne voulons pas de cela. On les écrase, on passe au dessus ou, le plus souvent, on les ignore complètement.

Ce n’est pas en acquérant des connaissances que l’on sera plus heureux, au contraire. En s’éloignant de nos pairs, en accentuant les difficultés à séduire ou à entrer en relations avec autrui, on s’isole en créant une relation de domination illégitime. Relation qui n’est que du vent. De même, écrire des théories complexes et incompréhensibles ne peut mener qu’à une auto satisfaction sans grande réalité humaine. Nous considérons que les humains sont tous égaux, et il ne saurait y avoir de relations de domination liées à l’acquisition de connaissances.